Le recruteur vous demande de lui raconter une blague…

Armelle, 24 ans, est à la recherche de son premier emploi en tant que comptable. Elle se rend pour la 3e fois dans la même société en vue de passer un 5e entretien de recrutement. Et là, d’emblée, la première question lui coupe les jambes : « On aimerait que vous nous racontiez une blague. Faites-nous rire. ».

Le premier round d’entretien s’était plutôt bien passé et on lui avait vite fixé un nouveau rendez-vous afin de rencontrer les co-dirigeants de l’entreprise. Entretien catastrophique, le courant n’est pas vraiment passé. Doutes sur son dynamisme et sa capacité d’intégration dans les équipes : c’est le débriefe qui lui a été fait tout en lui précisant qu’on lui laissait une « dernière chance »… Elle doit de nouveau rencontrer les mêmes personnes.

Et donc, LA question : « Racontez-nous une blague. »…

Décontenancée, Armelle se raccroche à la première histoire de Toto qui lui passe par la tête, s’emmêle les pinceaux, commence par la chute et ne décroche pas un sourire chez ses interlocuteurs. Elle passe le reste de l’entretien à se repasser la scène en boucle, crispée. Elle recevra sa réponse négative 3 jours plus tard.

Que s’est-il passé ?

Armelle s’est trouvée décontenancée par une question incongrue dans un contexte de recrutement, qui n’a aucun rapport avec le poste à pourvoir et ne permet aucunement d’évaluer ses compétences.

Lors de son dernier entretien, l’ambiance était-elle un peu tendue ? Armelle n’a peut-être pas su capter l’attention de ses interlocuteurs ? Ou encore l’entreprise, qui se targue d’offrir une ambiance type start-up, attache-t-elle peut-être beaucoup d’importance à ce type de critère pour s’assurer d’une bonne intégration ?

Quoi qu’il en soit, cela part certainement d’une très bonne intention – détendre l’atmosphère, établir une connivence avec le candidat, vérifier qu’on est bien sur la même longueur d’onde…- mais c’est au mieux très maladroit, au pire totalement inefficace !

Que penser d’un recruteur qui me demande de lui raconter une blague ?

On peut dire que le recruteur a au minimum manqué de recul et a oublié d’analyser la situation !

Si son objectif était de donner au rendez-vous une tonalité détendue en phase avec l’ambiance de la société, tout au plus aurait-il pu commencer, lui, par raconter une blague au candidat. Et encore… il y a peu de choses aussi personnelles que l’humour ! A moins de recruter pour un poste dans lequel l’esprit d’à propos est essentiel – et encore, il y a de meilleurs moyens de le tester ! – cette question, dans ce contexte, a pour principal effet de mettre le candidat en difficulté.

Photo cottonbro

D’autant plus que le recruteur a en face de lui, dans ce cas précis, des candidats pour un poste junior, peu rodés aux entretiens de recrutement et aux relations professionnelles, sur une fonction sur laquelle on demande avant tout sérieux et rigueur ! Bref, légèrement à côté de la plaque, non ?

Enfin, s’il s’agit de tester que la personne s’intégrera bien dans la culture d’entreprise, là aussi c’est viser à côté : d’une part parce que le contexte particulier de l’entretien se prête peu à ce genre d’échange, et d’autre part parce que s’il ne souhaite recruter que des clones qui fonctionnent exactement comme les personnes en place, cette entreprise va très vite être confrontée à de sérieuses limites !

Bref, ce type de question n’a pas sa place dans un entretien de recrutement pro !

Comment réagir si un recruteur me demande de lui raconter une blague ?  

Il n’en demeure pas moins que c’est une question qui est parfois posée… Alors, comment pouvez-vous réagir ?

Essayez de botter en touche en recentrant l’échange sur son objet : le domaine professionnel et votre candidature.

Vous pouvez exprimer votre étonnement avec humour : vous n’aviez pas compris, à la lecture du descriptif de poste, que l’école du rire faisait partie des formations requises pour postuler à ce poste. Or, vous n’avez jamais su retenir une blague et c’est pourquoi vous avez préféré suivre l’option droit des sociétés lors de vos études. Ce qui, justement, fait de vous un candidat tout à fait qualifié pour le poste à pourvoir.

Une autre option…

Pourquoi ne pas demander directement à votre interlocuteur pourquoi il vous pose cette question ? Allez-y franchement en lui demandant : « Je ne comprends pas bien quel est votre objectif à travers cette demande ?». Vous lui offrirez une possibilité de réajuster votre échange… car lui aussi est en train de rater son entretien, finalement !

D’une façon générale, dites-vous que lorsqu’une question ou un comportement vous choque en entretien c’est un signal d’alerte que vous ne devez pas négliger

Vous projetez-vous dans une entreprise dont vous ne cautionnez pas les méthodes ? Vous voyez-vous travailler dans une ambiance de travail et une culture d’entreprise dans laquelle vous n’êtes pas à l’aise ?

Même s’il est toujours difficile de se réjouir d’une réponse négative, plutôt que de se lamenter sur une opportunité manquée, je conseille plutôt à Armelle de considérer qu’elle se sentira certainement plus à sa place dans une autre structure. 

Réussir son parcours professionnel passe également par les opportunités que l’on sait refuser…

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